Chapitre 1 : Rencontre Nouvelle, Nouvelle Heureuse.
Partie 5 : Point de Vue de Roxy.
______ Forêts & pluie ? Cactus & soleil ? Plages & humidité ? Ou encore Buildings & nuages ? Je me représentais plusieurs scénarios pour mes prochaines études en amérique. Mais j'ignorais entièrement notre destination.
_______ Eh oh ! Roxy ! Allo la lune, ici la terre ! Redescends de ton nuage, Armstrong, persifla ma mère, interrompant mes cogitations.
_______ Euh...Désolée, chuchotais-je. Qu'est-ce qu'il y a ?
_______ Essaye de suivre, quand même ! Tu as bien pris tout ce qu'il fallait ?
_______ Mais oui, maman ! T'inquiètes pas, j'ai tout.
______Cela faisait au moins la cinquième fois qu'elle me la demandait, et que je lui répétais la même chose. Kate m'ayant interpellée, je me concentrais, et prêtais attention à ce qui se disait. Nous nous trouvions dans la salle communale de Rouen pour la convention sur mon futur lycée. Une trentaine de chaises étaient alignées sur plusieurs rangs en face d'une estrade ou se tenaient un homme qui jacassait depuis quelques minutes déjà devant un micro grésillant, et, dans l'ombre, sur sa droite, j'avais aisément reconnu Martin, adossé avec une posture décontractée sur le mur.
______Je n'écoutais que d'une oreille notre animateur, Mr O'Neil. Il vendais les mérites du lycée Washington, rassurait les parents sceptiques, et répétait ce que j'avais entendu la semaine passée, y ajoutant quelques précisions de temps à autres.
______Je ne sais pourquoi, je m'étais attendue à me retrouver dans une salle bondée et pleine à craquer. Contrairement à mes suppositions, il devait y avoir en tout et pour tout entre dix et quinze élèves accompagnés chacun d'un ou plusieurs tuteurs. Je me souvenais ensuite que Martin avait mentionné que peu d'élèves étaient choisis.
______Ce fut le tour des parents de s'exprimer. J'espérai intérieurement que Kate ne laisse pas un désir de se rassurer publiquement la submerger. Je fus donc soulager lorsque la séance fut levée, pour permettre aux familles de rendre leur dossier d'inscription. N'étant pas assez patiente, je laissai cette tâche à ma mère, et passai la porte de la sortie de secour ouverte, et rejoignais quelques élèves qui avaient eus, assurément, la même idée que moi.
______Je me trouvai devant une vaste pelouse, qui servait éventuellement de parking les jours de fête. Je m'assis sur la verdure, à l'écart de mes camarades, en me pelotonnant – le vent était frais malgré le soleil -, et observais avec un sourire envieur une jeune fille (il me semblait qu'elle avait assister à la conférence) courir après une petite fille de quatre ou cinq ans, ses amies riant joyeusement de cette course poursuite. Elle prit l'enfant dans ses bras, l'étreignant de manière protectrice, tandis que les deux autre les rejoignaient. J'aperçu ensuite un groupe masculin s'approcher d'elles. Un besoin urgent de protection m'emprisonna. Ces garçons n'avaient rien de sympathique, ils dégageaient une menace perceptible de tous. Sentant elles aussi le danger, elles s'éloignèrent rapidement de la meute, et revenaient vers la salle. Un costaud, positionné devant ses acolytes, héla la brune qui tenait la petite. Elle s'arrêta et se figea instantanément. Je la vis baisser la tête, hésitante, la redresser, déterminée, puis faire passer délicatement la poupée blonde dans les bras de son amie, en donnant un ordre clair, que les deux jeunes femmes ne parurent pas vouloir exécuter. Elle sembla insister, presque même les supplier, et elles s'empressèrent de disparaître au détour d'un bosquet. Le groupe d'importuns poussa un rire tonitruant. La blonde se retourna pour leur faire face. L'inquiétude se lisait clairement sur son visage. La peur aussi. Le chef se détacha de son troupeau en laissant s'abattre son vélo sur le sol.
______Je ne sais quelle mouche m'eut piqué à cet instant, mais, me rappelant l'enfant aux boucles d'or cloîtrée dans l'étau des bras de son aînée, je fut prise d'une étrange pulsion. Une impression de déjà vu monopolisa mon esprit, et un sentiment dévastateur de haine monta et s'imprégna en moi. La blonde semblait de plus en plus fluette face aux muscles imposants de l'ennemi. Je me lançai à grand pas vers celle qui était en danger. Dix mètres à peine me séparaient d'elle. Je n'aurais donc aucun mal à l'atteindre avant la brute qui fanfaronnait devant ses hommes de main. Arrivée à sa hauteur, je me faisais discrète et jouais la comédie. Je l'étreignis comme si on était de vieilles connaissances. Elle parut ahurie et déboussolée en me voyant. Je lui chuchotai à l'oreille :
_______ Salut, moi c'est Roxanne. J'ai remarqué d'où j'étais que tu semblais avoir besoin d'un petit coup de main. Solidarité féminine oblige.
______L'assurance soudaine de mon ton me désarçonna, mais je ne perdis pas pied. La relâchant, je me reculais d'un pas. Elle me regardait sans comprendre mon intention.
_______ Euh...Oui...Merci, mais...Non, enfin..., bafouilla-t-elle complètement perdue. Tu ne devrais pas rester là ; je te remercie, mais ce n'est vraiment pas dans ton intérêt.
______Je ne prenais pas compte de ses supplications.
_______ Solidarité féminine, répétais-je. Ne t'inquiète dont pas, tu sais qu'il y a une trentaine de personne dans cette salle. Et tu sais aussi bien que moi qu'une fille peut pousser des cris stridents.
______Ma remarque la fit sourire légèrement. Elle ne protesta pas plus, la gratitude et la peur débordaient de ses yeux. L'homme venait de se poster à quelques pas de nous.
_______ Hey, Lolita chérie ! Interpella-t-il ma protégée. Ca me fait plaisir de te revoir !
______Elle pivota lentement, retenant son souffle et ses émotions.
_______ Antoine, dit-elle simplement sur un ton qu'elle voulait dur. Combien de fois faudra-t-il que je te répète que je m'appelle Eloïse ?
_______ Juste une fois de plus, Lolita, se moqua-t-il, fier de lui.
_______ Qu'est-ce que tu me veux ?
______Il m'ignorait royalement. Pour lui, ma présence ne devait pas signifier un quelconque changement dans sa manière de procéder.
_______ Comme toujours. Toi. Je ne veux que toi, ma chérie.
______Elle dégluti avec difficulté, mais trouva encore le courage d'affronter cet infâme prétentieux.
_______ Quand vas-tu te rentrer dans le crâne que l'on est plus ensemble ? Je ne t'aime plus, tu ne m'apportes rien de bon, je ne veux plus rien avoir à faire avec toi !
______Ses émotions avaient pris le dessus. Lorsqu'il lâcha la phrase fatidique, les miennes firent de même.
_______ Tu es et sera toujours mienne. Tu m'appartiens, Lolita, cracha-t-il, venimeux.
_______ Jamais ! Tu m'entends ? Jamais je te laisserais gâcher ma vie. Tu n'es absolument rien pour moi, explosa Eloïse.
______La fin de ses paroles était déformée par les sanglots qui couvraient sa voix. Je sentais un feu bouillonner en moi. La haine que je nourrissais à son égard était incontrôlable.
______Il leva sa main et caressa du bout des doigts le creux de la gorge de sa victime. Elle eut un geste de dégoût, ce qui n'empêcha pas le monstre de continuer à descendre sa main sur le corps frêle de la jeune femme. Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Je ne voulais ni ne pouvais voir ça.
______D'une violence que je ne me connaissais pas, je m'emparais de son poignet, l'éloignant d'Eloïse. Mon autre bras était tendu le long de mon corps, point serré. Je fixais les yeux de l'agresseur qui venait de devenir l'agressé. Il aboyait, mais je ne l'entendais pas. Dans mes oreilles résonnait un sifflement assourdissant et désagréable qui martelait ma tête.
______L'énervement et la stupeur de l'homme furent soudainement replacés par de la peur et de l'intimidation. Je ne sais ce qu'il vit sur mon visage, mais cela suffit à réprimer sa détermination. Seulement, je ne me contrôlais plus. Un désir de vengeance naquit au fond de moi. Il fallait qu'il paye, pour cette fille et toutes celles qu'il avait fait souffrir de la sorte. Pour tous ceux qui l'imitaient.
______Il m'envoya une horde d'insultes, toutes plus vulgaires et blessantes les unes que les autres. Ainsi, sans me rendre compte de ce qu'il se passait réellement, ma colère s'amplifia et prit en puissance. C'est alors que des flammes rougeoyantes et aveuglantes jaillirent de chaque cotés de cet individu malsain. Cette apparition fut suivit d'un craquement assourdissant qui laissa place à une fente d'une dizaine de centimètres, partant des pieds du costaud, se poursuivant dans une petite ruelle qui donnait l'accès au terrain, jusqu'au trottoir. Une femme faillit perdre le contrôle de sa poussette, et l'arrêta avant qu'elle ne file sur la chaussée.
______J'étais parfaitement consciente de ce qu'il se passait, mais ne pouvait l'arrêter. Eloïse, effrayée pour de bon, avait reculé, et regardait la scène, stupéfaite, immobilisée, affolée.
______Puis je sentis que l'on me retenait par les épaules. Je ne pus déterminer qui, mon regard accaparait obsessionnellement l'homme. Ma main fut elle aussi entourée et retirée, délicatement mais fermement, de celle que je tenais. L'homme, enfin libéré de mon emprise, déguerpit avec ses larrons, qui n'avaient pas bronché, eux aussi certainement apeurés. Je vis ensuite le visage de Martin prendre place devant moi. Il me parlait, mais je n'étais toujours pas apte à écouter. Je serrais les dents, essayais de me calmer. Je me concentrai, et plongeais dans l'océan de ses yeux afin de m'y aider. Les flammes perdirent de leur intensité. Mon ouïe se réadaptait peu à peu au milieu environnant. Je fermai les paupières, et respirais un bon coup.
_______ Roxy ? Roxanne Lyzzie, tu m'entends ?
______Cette voix... Elle ne pouvait appartenir a personne d'autre que Martin, assurément.
_______ Qu-qu'est-ce...qu'elle a ?? Et...c'é-c'était quoi...tout...ça ? Bégaya une autre.
______Je ne la reconnu pas de suite, puis je me remémorais la jeune fille qui avait fait que j'en étais arrivé là, alors que je ne la connaissais ni d'Eve, ni d'Adam.
_______ Je ne sais pas. Recule. Roxanne ? Roxanne, réponds-moi. Tu m'entends ? M'interpella à nouveau Martin, après que j'eusse expiré d'une façon peu naturelle.
______J'hochai lentement le menton. Quelques secondes s'écoulèrent, je respirai calmement, testant mon self-contrôle. Etant enfin sûre de moi, je réactivais ma vue prudemment. Martin tenait toujours mes épaules et me fixait, dubitatif, les sourcils froncés, une moue inquiète sur les lèvres.
_______ Je... Ca va. Je crois... que ça va aller, articulais-je avec difficulté.
______Je fis un pas en arrière, et remarquais l'étendu des dégâts. Le gazon était calciné sur dix mètres de diamètre devant moi, une longue crevasse inégale interrompant la tâche sombre en deux parties. Je constatais par la suite que les quatre jeunes qui se trouvaient près de l'issue de secours lorsque j'étais sortie de la salle m'entouraient. Ils avaient l'air à la fois ébahis, impressionnés et... compatissants ?
______C'en était trop, il fallait que je parte. Je ressenti à ce moment une vibration dans ma poche. Je sorti mon téléphone et distinguais le nom de Kate sur l'écran. Je saisis cette opportunité pour filer.
_______ Je... euh... désolée... il faut que... il faut que j'y aille... excusez-moi.
Je ne les laissais pas répliquer ou approuver, et me sauvais en courant. J'entendis au loin Martin protester et m'appeler. Je m'engouffrai dans le bâtiment et aperçu ma mère près de l'entrée, m'attendant sûrement. Je me dirigeais prestement vers elle, voulant quitter les lieux au plus vite. Nous montâmes dans la voiture. Je contenais mes émotions, je ne voulais rien laisser paraître devant elle.
______Le trajet se passa en silence. Kate se gara, et je me dépêchai aussitôt d'en sortir et de m'isoler. Enfin seule, je laissai libre cours à mon esprit. Des sanglots secouaient ma poitrine, et de chaudes et intarissables larmes coulaient sur mes joues. Je ne sais quel sentiment était dominant. La colère, la tristesse, la peur, l'inquiétude, la fierté ou l'ébahissement. J'avais l'esprit embrouillé, mais trois questions revenaient sens cesse : Que c'était-il passé ? Comment était-ce possible ? Et pourquoi moi ?------------------
Précisions : Je ne suis jamais allée à Rouen, je n'ai donc aucune idée de comment est cette ville.